BACK TO ANTOINE+MANUEL GALLERY - BACK TO ANTOINE+MANUEL GALLERY - BACK TO ANTOINE+MANUEL GALLERY - BACK TO ANTOINE+MANUEL GALLERY
Le Choré-graphique

Contexte
En 1999, nous avons rencontré Daniel Larrieu, chorégraphe et directeur du centre chorégraphique national de Tours (CCNT) depuis de nombreuses années. Il nous consultait pour donner une image novatrice au CCNT. Il souhaitait être étonné.
Prétexte
Le Choré-graphique était alors un festival de danse annuel. L'équipe du CCNT en faisait évoluer l'orientation vers une programmation tout au long de l'année. Nous avons proposé de focaliser la communication sur un document paraissant à l'occasion de chaque nouvelle saison, automne, hiver et printemps-été. C'était un bonne manière de marquer le déroulement de la nouvelle programmation.
Contrepied
À chaque projet, nous avons envie de prendre le contrepied de ce qui se fait conventionnellement. En fait, c'est ce qui nous donne de la motivation, et sans motivation comment avancer ?
Les centres chorégraphiques ont tendance à montrer des photos de spectacles (en 1999 encore plus qu'en 2011). Les danseurs adorent se voir en photo. Et puis c'est une facilité : les photos existent, sont souvent libres de droit, et le public aiment bien voir de jolis filles et garçons sportifs. La danse possède une évidente dimension érotique.
Idée
Afin d'exprimer cette notion de saison de danse, nous avons proposé de créer des images symbolisant les saisons. L'idée peut sembler évidente, mais nous nous sommes fixés dessus, probablement aussi parce que nous avions déjà envie d'explorer le thème des saisons dans la nature, et que c'était l'occasion de l'aborder. Il arrive souvent que nous prenions prétexte d'une commande pour creuser des préoccupations personnelles. Npus penspns que plus on est sincères, plus on a de chance de toucher le public.
Forme
Nous avons donné au document informatif la forme d'une grande affiche, de format 60x80 cm pliée en 15x20, protégée par un sachet tansparent. Ce format permet un envoi facile et peu coûteux. Une fois l'affiche dépliée, elle comporte d'un côté une image, de l'autre, un édito et toutes les infos de programmation.
Système
L'identité visuelle du CCNT reposait sur quelques éléments de vocabulaire visuel récurrents, formant un système évolutif. L'idée fondatrice s'inspire des labyrinthes, parcours complexes, et des ramifications végétales. Le parcours évoque le corps en mouvement. La végétation, le déroulement de l'année. Les dessins sont faits sur ordinateur, en vectoriel. Nous avons choisi quelques règles afin de donner aux dessins une identité stylistique. Le système est assez directif afin de produire une famille d'images, et assez souple pour évoluer d'année en année.
Typographie
Pour compléter ce vocabulaire pictural, nous avons développé une police de caractères assortie. Nous avons eu envie de détourner Helvetica, cette police si répandue et emblématique, mais qui provoque une réaction de replis de la part de ses utilisateurs. Helvetica est une garantie de bon goût, d'orthodoxie graphique. La police principale était peu modifiée. Les points, carrés à l'origine, devenaient ronds. Le a et le m étaient modifiés. Dans l'italique, et dans une version de romain alternative, les changements étaient plus importants. Alors qu'Helvetica est une police moderne et sobre, permettant de composer un gris typographique uniforme, nous nous sommes inspirés de la ligature typographique (présente de nombreuses polices à empattement) et des ornement typographiques. Une véritable perversion de la police originale ! Les règles de composition du texte étaient très simples : éviter les capitales dans les gros titres (à la manière suisse des 60's), n'utiliser qu'une seule graisse (en l'occurrence le semi-bold), jamais plus trois corps dans un même document, hiérarchiser par la couleur. Ces règles permettaient de donner aux textes un aspect basique, évocant la simplicité des livres enfantins.
Logo
Nous avons ainsi fait un lien avec les images ramifiés. Le logo du CCNT était crée de la même manière, les lettres liées créant une sorte de pictogramme (formant, par hasard, une sorte de personnage), à la manière de beaucoup de logo des années 60 et 70. Lier les lettres est un moyen aisé de créer un logo, essayez ça marche toujours ! Le logo était au centre de l'illustration, qui poussait et se ramifiait autour.
Évolution
La première année, 2000-2001, nous nous sommes très simplement inspirés de la botanique. Les motifs vectoriels (dessinés comme de la typographie) et la gamme de couleurs évoque de l'état de la végétation pendant la saison en court. La 2e saison faisait intervenir les insectes. La 3e saison nous avons remplacé le logo central par un mot exprimant une action, illustrée dans l'image. En 2003, avec l'arrivée d'un nouveau directeur, notre collaboration avec le CCNT a cessé.
Réactions
Au départ, nous avons entendu des critiques plutôt mitigées de la part des institutions locales et des danseurs et chorégraphes proches de Daniel Larrieu. Lui-même était très circonspect. Cependant, il a décidé de nous faire confiance et a été très respectueux de nptre travail, en nous laissant toute liberté. Nous avons beaucoup été soutenu par le chargé de communication, Christophe Susset. Cette confiance et cette liberté sont la clé d'une bonne création. Très rapidement, le public (local essentiellement, car ces documents n'étaient pas largement diffusés) a adopté ces grandes affiches, les ont souvent conservées, affichées, et même attendaient la prochaine avec impatience.
Suites
Assez rapidement après la fin de cette série de 9 images, nous avons eu des demandes de nouveaux clients souahitant des images dans le même esprit. Le premier, un wallsticker (à l'époque la vogue n'était pas passée par là) pour Habitat, nous avons créé "Forêt", en 2003. Puis des fresques pour Lafayette Maison en 2004. Suivront une affiche pour la contraception en Angleterre (Pregnant), un plan de métro imaginaire pour la RATP (notre projet le plus diffusé), des couvertures pour Larousse… Pendant plusieurs années, nous recevions souvent des demandes pour ce style d'illustration. Ce qui pour nous était le projet pertinent pour une commande spécifique était devenu un style. Très rapidement, nous avons vu fleurir des copies, parfois inspirées et intéressantes, souvent bâclées et stupides. En fait, cette idée de mot devenant trajet-ramification peut s'appliquer à toutes sortes de communication, et les agences de com ne se sont pas privées. Et à force de copies, l'original est noyé.
Ornement
Il est amusant de constater que ce projet a été considéré comme décoratif, ce qui pour certains, particulièrement les personnalités influentes du monde du graphisme français, est perçu comme superficiel, anecdotique. Certes, nous avons utilisé des motifs comme des fleurs (il est d'ailleurs amusant de constater que beaucoup de gens ont gardé en mémoire ces motifs floraux comme si toute la série en comportaient, alors qu'il n'y en a que sur une seule image). Certes, il y a du plaisir, de la couleur, de la séduction dans ces images. Certes, elles sont complexes et ambigües. Mais suffit-il de produire une image minimaliste pour qu'elle soit dense, subtile, pleine d'esprit ? De notre côté, nous pensons toujours, une dizaine d'années plus tard, avoir répondu à la commande, en ayant rapidement donné une identité forte et reconnue, en ayant fidélisé le public, tout en exprimant l'orientation du client. Nous avons aussi porté un regard sur le monde de la danse contemporaine, avec générosité et respect pour le public.
Touche, Choré-graphique 3,3, 2003
Poster, 80x60cm
vector drawings, 3-ink print,
CENTRE CHORÉGRAPHIQUE DE TOURS (CCNT)